(ce texte a été publié le 12/06/08 sur un support n'existant plus)
Je ne sais si je m’en remettrai… La nouvelle est effroyable, le choc est rude. Dois-je acquérir sur le champ quelque métrage de crêpe noir pour m’en voiler ? Est-ce une perte que l’on ne saurait surmonter sans observer , au préalable, une longue période de deuil ?
Oui, la nouvelle est tombée ce matin comme une météorite sur la Tour Eiffel… Le Métrosexuel n’est plus.
Moi qui commençais juste à m’habituer à son existence, recueillant deci delà quelques informations glanées au détour d’une conversation sur les mœurs du temps sur ses us et coutumes, et qui tentais petit à petit de modéliser une figure tridimensionnelle de cet objet nouveau et incontournable.
Sera-ce un hommage à titre posthume que ce propos décousu qui n’est encore à ce jour qu’une ébauche d’étude et qu'il convient de livrer immédiatement de peur que son objet ne sombre dans l'oubli ? Le glas a-t-il vraiment sonné pour accompagner solennellement ce cercueil designed by Starck et doublé par Burberry's, avec compartiments latéraux pour l'Iphone et brumisateur d’huiles essentielles ?
Je ressens l’amère frustration de l’enfant dont le jouet s’est brisé avant que ne se termine le jour de Noël, victime d’un emportement enthousiaste ou de rivalités fraternelles. Je suis pareille à l’utilisatrice de sex toy qui se rend compte dans la chaleur de la nuit que les piles R4 ne sont pas incluses dans la boîte de son nouvel ustensile et que l’épicier du coin vient de clore son rideau de fer. Je vis le drame intense de la ménagère ayant promis à ses enfants un quatre-quarts pour le goûter du dimanche après-midi et dont le placard ne contient plus une poussière de farine.
La mode et ses tourbillons vertigineux m’ont piqué mon nouveau jouet et c’est insupportable !
Moi qui venais de comprendre que le métrosexuel était un être très agréable à fréquenter, en dépit du complexe d’infériorité que j’étais en droit de ressentir (undomestic goddess par excellence) lorsque confrontée au soin méticuleux qu’il apportait lui-même à son linge, j’en tremblais de dépit
Moi qui avais réalisé avec stupéfaction qu’il y avait dans cet homme un être capable de converser longuement des mérites respectifs du cachemire trois fil et d’un cirage à la brosse pour certaines qualités de cuir, j’en gémissais de rage.
Moi qui pouvais - sans avoir à entendre un ricanement sur les étiques repas à trois feuilles de roquette - gloser sur les qualités nutritionnelles des recettes de poisson vapeur aux légumes croquants, je m’abandonnais au désespoir le plus sombre.
Moi qui avais placé tant d’espoir dans l’émergence de cet homme nouveau, sans une once de féminité cachée mais préoccupé par sa qualité et son hygiène de vie, esthète éduqué sachant être jouisseur tout en gardant de la mesure, exigeant envers les autres mais avant tout envers lui-même, je me sentais soudainement orpheline.
L’übersexuel avait triomphé…
Aux poils soyeux et entretenus à l’aide d’une tondeuse d’une barbe de trois jours gommée et adoucie succédait sur le trône de la désirabilité la figure hirsute et néanderthalienne d’un Chabal (je me réfère là à sa seule image, l’homme est paraît il d’une grande douceur et discrétion), à l’esthète averti se plaisant à écouter sans jouer les connaisseurs aussi bien une pièce de Boccherini qu'une ligne de basse de Simon Gallup succédait l’amateur de Bon Jovi ou 50 cents dépenaillé…
Le règne du poil libéré était annoncé, et avec lui le chant du cygne de la métrosexualité. Et je le tenais de source sûre... un métrosexuel exorcisé en personne.
Bigre…
Quelques heures plus tard, force me fut de constater de visu que l’individu qui m'avait initié au concept et qui servait de modèle standard à mon étude empirique du métrosexuel (sa vie, son œuvre) portait néanmoins au poignet un sac de courses contenant des produits d’entretien capillaire, de ceux qui eussent fait rire Chabal à s’en éclater la rate.
En dépit de sa mort annoncée, tel Lazare relevé de son lit de mort, à défaut de bander, le métrosexuel bougeait encore…
